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Quand les araignées font de la musique
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BasculerIntroduction
En 1995, alors que je rendais visite à ma sœur en Zambie, on m’a prêté une voiture. Cela m’a donné la liberté d’explorer les environs — et, comme souvent lors de mes voyages en Afrique, de poser aux gens une question qui était devenue une sorte d’habitude :
« Connaissez-vous des utilisations intéressantes des insectes ou d’autres petits animaux ? »
L'un de mes voyages m'a conduit à Choma, une ville située à environ 300 kilomètres au sud-ouest de Lusaka et à quelque 200 kilomètres de Livingstone et des chutes Victoria. Sur place, j'ai visité le musée de Choma, consacré à l'histoire et à la culture de la province du Sud de la Zambie.
J'ai posé ma question habituelle au conservateur.
Elle réfléchit un instant.
« Oui », répondit-elle. « Il y a bien quelque chose. Mais je n’en sais pas grand-chose. Tu devrais parler à un prêtre qui habite à environ 50 kilomètres d’ici. »
Ça a suffi à éveiller ma curiosité. Je suis donc remonté dans la voiture et je suis parti à sa recherche.
Fortunately, he was at home. He welcomed me in, offered me tea, and then told me something I had certainly not expected..
It was about spiders and music
A spider web inside a xylophone.
Le prêtre a expliqué que les toiles denses tissées par de petites araignées sur les murs des maisons pouvaient être récupérées et utilisées pour fabriquer des xylophones traditionnels.
Au premier abord, cela semblait assez extraordinaire. Quel rapport une araignée pouvait-elle bien avoir avec un instrument de musique ?
La réponse se trouve sous les touches en bois.
De nombreux xylophones africains traditionnels sont surmontés de calebasses séchées. Une calebasse est la coque durcie d’une courge-bouteille. Lorsque le fruit mûrit et sèche, sa coque devient dure, légère et résistante. Depuis des siècles, ces courges sont transformées en bols, en récipients… et en instruments de musique.
In a xylophone, the hollow calabashes act as resonators, amplifying and enriching the sound of the wooden keys above them. But there is another ingenious addition. A small opening is made in the calabash and covered with a thin membrane. When the instrument is played, the membrane vibrates, giving the note a characteristic buzzing or humming quality (see and hear now).
Et cette membrane peut être fabriquée à partir de toile d'araignée.


Similar stories from other parts of Africa
J'ai découvert par la suite que l'histoire de ce prêtre était loin d'être un cas isolé.
Au cours de mes propres entretiens menés ailleurs en Afrique subsaharienne, j'ai entendu à maintes reprises des récits similaires concernant les xylophones et les balafons.
Ce que j'avais entendu pour la première fois autour d'une tasse de thé de la bouche d'un prêtre dans la campagne zambienne s'est avéré faire partie d'une tradition musicale bien plus vaste.
An old account from Zambia, D. W. Stirke’s Barotseland: Eight Years among the Barotse, describes a xylophone known as the silimba. Beneath its wooden keys are calabash resonators. Stirke noted that each calabash had a small opening covered with spider web, which affected the vibration of the notes.
What fascinated me even more was that similar practices occur far beyond Zambia.
In northwestern Ghana, Hogan (2015), in Enemy Music: Blind Birifor Xylophonists of Northwest Ghana, describes dense spider-web membranes being placed on the resonating gourds of xylophones.
The same principle has been documented in Malawi. Daur and Kubik (1977), writing about the music of Daniel Kachamba, describe the ulimba, a xylophone used by the Sena people of southern Malawi. A rectangular opening is cut into each resonating gourd and covered with spider web.
A spider web, a papaya plant—a flute
Mais l'histoire ne s'est pas arrêtée aux xylophones.
On m'a également dit que les enfants pouvaient utiliser des toiles d'araignée pour fabriquer leurs propres instruments de musique.
Les ingrédients sont on ne peut plus simples : une tige de plante creuse et un morceau de toile d'araignée.

The stalk of a papaya leaf is particularly useful because it is naturally hollow, although a piece of reed can serve the same purpose. One end of the tube is covered with spider web, and the child blows through the other. The web vibrates and changes the sound. Holes can even be made along the tube so that different notes can be produced, turning this simple object into a kind of homemade flute. But from Zambia there the horn of a sable antelope is also used as a flute by making a hole in it and covering it with a membrane (read here).
On peut utiliser une calebasse à peu près de la même manière.
C'est un magnifique exemple qui montre comment des instruments de musique peuvent naître de matériaux que l'on trouve presque littéralement à sa porte : une plante poussant à côté de la maison, une calebasse séchée… et une araignée tissant tranquillement sa toile sur le mur.
La calebasse remarquable
La calebasse mérite à elle seule une mention particulière, car c'est l'un des meilleurs matériaux de fabrication d'instruments de musique que la nature ait à offrir.
Partout en Afrique, les calebasses séchées ont été intégrées à une étonnante variété d’instruments. Elles servent de résonateurs sous les touches en bois des balafons, constituent le corps d’instruments à cordes tels que le n’goni et le bolon, et deviennent des instruments à percussion comme le shekere, où la calebasse est entourée d’un filet de perles ou de coquillages.

Les gens ont découvert il y a longtemps ce que l'acoustique moderne peut expliquer scientifiquement : une cavité peut amplifier et modifier le son.
Mais une autre découverte a ensuite été faite. Il suffit de placer une membrane vibrante et délicate sur l'ouverture de cette chambre pour que le son change à nouveau.
Pour fabriquer cette membrane, les gens ont utilisé un objet qu'ils avaient déjà chez eux.
Une toile d'araignée.
Écouter une araignée d'une autre manière
On considère généralement les toiles d'araignées comme des pièges. Elles servent à capturer des insectes, et lorsqu'on en trouve une dans un coin de la maison, notre premier réflexe est souvent de la balayer.
Mais les histoires que j'ai découvertes en Afrique m'ont appris à les voir sous un autre angle.
Une toile d'araignée peut être bien plus qu'un simple outil de chasse. Entre les mains de l'homme, elle peut devenir un élément d'un instrument de musique.
Ce qui m'impressionne le plus, c'est l'ingéniosité qui se cache derrière tout cela. Bien avant que quiconque ne puisse expliquer les principes physiques des membranes vibrantes, les gens avaient découvert, grâce à l'observation et à l'expérimentation, qu'une substance produite par un minuscule animal pouvait transformer le son d'un instrument.
Et c'est pour cela que je me souviens encore de ce voyage inattendu au départ de Choma.
J'avais fait 50 kilomètres en voiture pour interroger un prêtre au sujet des insectes.
Au lieu de cela, autour d'une tasse de thé, j'ai découvert que les araignées pouvaient contribuer à créer de la musique.
Quelle araignée produit une soie adaptée à la fabrication d'un instrument de musique ?
Quelle espèce d'araignée produit une soie adaptée à la fabrication d'un instrument de musique ?
Cette question est plus intrigante qu'il n'y paraît à première vue. Dans plusieurs régions d'Afrique, la soie d'araignée est traditionnellement utilisée pour recouvrir les petites ouvertures des résonateurs de xylophones tels que le balafon et le silimba. Lorsque l'on joue de l'instrument, cette membrane délicate vibre, produisant ce bourdonnement caractéristique qui confère à l'instrument sa sonorité unique.
Mais quelle araignée produit la soie qui convient ?
Après une analyse plus approfondie, il semblerait que le matériau utilisé ne soit pas du tout de la toile d'araignée ordinaire. Il s'agirait plutôt de la soie dense que les araignées produisent pour protéger leurs sacs d'œufs. Cette soie possède exactement les qualités requises : elle est fine et légère, tout en étant suffisamment résistante et cohérente pour former une membrane vibrante.
Three groups of spiders seem particularly interesting candidates
1. Oecobius — tiny spiders living on walls
Les petites araignées du genre Oecobius se trouvent généralement sur les murs, les rochers, dans les fissures et les recoins. Elles y tissent de fines toiles très denses.
Cette soie présente un intérêt particulier, car sa structure semble convenir à la membrane d’un résonateur de balafon : elle est suffisamment légère pour vibrer librement, mais aussi suffisamment dense et résistante pour ne pas se déchirer immédiatement.
Pour l'Afrique de l'Ouest, Oecobius constitue donc un candidat intéressant.
2. Selenopidae — the remarkably flat wall spiders
Une autre possibilité est la famille des Selenopidae, communément appelées « araignées-crabes des murs » ou « flatties ».
These spiders (Fig. S3) have extraordinarily flattened bodies and are perfectly adapted to living on vertical surfaces. They can be found on rock faces, tree trunks, beneath bark and in narrow crevices. Their egg sacs are attached to surfaces and protected by silk.
Cela rend ce groupe particulièrement intéressant au regard des témoignages provenant de Zambie, où l'on m'a dit qu'il était possible de récolter de la soie d'araignée adaptée sur les murs des maisons et de l'utiliser pour les résonateurs de la silimba.
Les araignées du genre Selenopid pourraient donc constituer une option prometteuse pour l'Afrique australe.
3. Holcolaetis — another possibility
Un troisième candidat est Holcolaetis, un genre d'araignées sauteuses africaines. Certaines espèces vivent sur les troncs d'arbres et d'autres surfaces planes et produisent des abris en soie plats et à mailles serrées, ou des sacs à œufs.
La texture dense de cette soie fait de l'Holcolaetis une autre piste qui mérite d'être explorée.
Un petit mystère qui attend toujours d'être élucidé
À l'heure actuelle, nous ne pouvons affirmer avec certitude quelle araignée — ou peut-être quelles différentes araignées, dans différentes régions d'Afrique— fournit la soie traditionnellement utilisée pour la fabrication de ces instruments de musique.
Cette hypothèse est particulièrement fascinante. Il se peut que les musiciens aient simplement appris à reconnaître le bon type de soie, plutôt qu’une espèce d’araignée particulière. Où qu’ils aient vécu, ils pouvaient prélever une fine couche de soie d’araignée, à la fois fine et résistante, sur les murs, les arbres ou d’autres surfaces, et l’utiliser pour fabriquer une partie de leur instrument.
C'est une rencontre remarquable entre la biologie des araignées, les savoirs traditionnels et la musique. Une substance initialement produite pour protéger la progéniture d'une araignée pourrait avoir acquis une fonction tout à fait différente entre les mains de l'homme : contribuer à donner à un instrument de musique africain sa sonorité caractéristique.
L'araignée à l'origine de ce bruit reste toutefois un mystère.
Where did this story came from?
In 1995, I took a three-month sabbatical with an unusual objective: I wanted to discover how people in sub-Saharan Africa used insects and other arthropods in their everyday lives.
I was interested not only in insects as food or medicine, but also in their place in religion and witchcraft, art and music, dance, children’s games, stories, and proverbs. Together with a second sabbatical in 2000, this journey eventually led me to interview 304 people from 121 ethnic groups in 27 African countries.
